On a beaucoup vu la silhouette du Vertime le jour du départ, puis au fil des arrivées du Vendée Globe 2024-2025. Implanté face au bassin où se trouvaient les bateaux, cet hôtel 4* conçu par l’agence BLOCK a affronté bien des remous avant d’arriver à bon port, l’échéance incompressible de la course lui ayant probablement évité le dessalage.
C’est en effet une histoire peu commune qui s’est jouée aux Sables-d’Olonne. Si Benoît Fillon, architecte et cofondateur de BLOCK, a dessiné et conçu l’hôtel, ils ont, avec son frère Jean-Christophe, endossé le rôle de maîtres d’ouvrage. Les cinquantenaires ont été à bonne école puisque leurs parents avaient déjà investi dans l’hôtellerie. Ils ont grandi en Vendée, ils sont attachés à leur région. Aussi lorsque l’opportunité de bâtir un hôtel face à Port Olona se présente, ils décident de se lancer. Benoît Fillon se trouve alors confronté à une situation tristement ordinaire, le lot quotidien de nombreux architectes : un changement de municipalité et la volonté d’une architecture « traditionnelle ». Plusieurs propositions seront retoquées avant qu’une maquette d’un blanc immaculé ne finisse par convaincre. « Comment ne pas passer à côté de cette commande enthousiasmante sans céder au compromis ? » se demande alors l’architecte. Parce que le pastiche attendu n’était pas une option, il a fallu explorer d’autres voies. C’est dans l’architecture balnéaire que Benoît Fillon va trouver son salut. BLOCK avait déjà travaillé sur la restructuration d’un village de vacances à Soulac-sur-Mer, un projet qui ne vit jamais le jour mais où s’était invitée la notion de « sample architectural ».
Dès lors, Vertime n’est plus envisagé comme un hôtel mais comme une grande villa balnéaire, inspirée par celles qui ont éclos avec l’essor du tourisme et des bains de mer au XIXe siècle. Une architecture inspirante et éclectique qui s’autorisait une grande liberté et célébrait l’art de vivre à la française autour d’une composition intérieure raffinée, dans des environnements réconfortants et confortables. Ce faisant, le vocabulaire balnéaire est réinterprété et lissé jusqu’à lui donner une forme d’abstraction que la monochromie extérieure renforce. « Le dessin contemporain de ce bâtiment tient en grande partie à cette volonté d’un objet unitaire, mono-matière, presque fantomatique », résume Benoît Fillon qui a manipulé les signes distinctifs de cette architecture pour « retrouver une écriture contemporaine à partir de ce registre ». Le tout mixé aux contraintes du PLU. La symétrie s’exprime par les deux pignons qui se retournent en façade pour aller chercher les vues et la lumière au travers de deux grands bow windows en balcon. Le système de lucarne devient le motif en zigzag caractéristique du Vertime. Une marquise en verre périphérique couronne le rez-de-chaussée. Quant aux serres que l’on trouve parfois dans les jardins de ces villégiatures balnéaires, elles s’installent sur le toit. Exit l’ornementation chargée : « Je me suis attaché à lisser au maximum et à simplifier le plus possible. » Vertime a été livré à temps pour le Vendée Globe. Le bâtiment prend place face aux bassins, encadré par deux bâtiments qui ont eu moins d’états d’âme quant à la notion de pastiche. L’hôtel s’organise sur 6 niveaux, offrant 105 chambres dans les étages. Le rezde- chaussée regroupe l’accueil, un bar, un restaurant et des espaces de séminaire. Au dernier niveau, le rooftop est accessible à tous, mêlant population locale et clients de l’hôtel. On y trouve un bassin de nage et un second bar, le Ventura, ainsi qu’une vue sur Port Olona. Une fois encore le Vertime s’affranchit de toute décoration superflue. « À l’extérieur, nous avons effectué un travail de sample, de lissage afin de rendre minimaliste cette écriture architecturale. À l’intérieur, on retrouve ce côté minimaliste. La matière construite est la toile de fond de Vertime. » Béton brut, terrazzo au sol, absence de faux plafonds pour répondre aux exigences du PLU : « Mes choix esthétiques sont souvent guidés par l’affect mais aussi par ces contraintes réelles », précise Benoît Fillon. Tout l’aménagement est en bois : le mobilier, les sur-cloisons qui intègrent des rangements mais aussi des claustras. Échappant à tout ce qui pourrait évoquer la standardisation des hôtels de chaînes, les chambres, minimalistes et confortables, sont toutes différentes, personnalisées par des objets chinés, « comme à la maison », à l’image du Vertime qui contribue à renouveler l’image de la Vendée touristique.
Entretien avec Christophe Hascoët et Isabelle Rolland de Rich Designers
Quelle a été votre vision initiale et comment l’avez-vous adaptée à l’identité locale ?
Nous sommes intervenus sur la sollicitation de BLOCK en février 2022, alors en phase APD. La demande initiale portait sur l’éclairage fonctionnel extérieur, sur la mise en lumière du bâtiment et sur la conception d’un ou deux signes ou enseignes lumineux. Jérôme Garnier, de Standard, chargé de la conception de l’architecture intérieure, souhaitait alors conserver la maîtrise de l’éclairage intérieur. À la demande conjointe de Benoît et Jérôme, nous avons étendu notre intervention aux espaces communs intérieurs, l’ensemble du rez-de-chaussée et du toit-terrasse. La mise en lumière s’appuie sur la spécificité du bâtiment, sa toiture et ses façade blanches, et se concentre principalement sur sa façade ouest. Nous nous sommes rapidement orientés vers un éclairage doux, statique, peu puissant, presque fantomatique, perceptible à la manière dont on devine un amer terrestre dans une brume depuis la mer. Le programme de Vertime, entre glisse, convivialité, architecture, art et design, ancré dans un territoire mais le regard orienté vers la « Californie », a immédiatement résonné pour nous qui sommes Bretons. Cette résonance, nous l’avons aussi exprimée au travers des quatre signes que nous avons imaginés pour Vertime, entre plein soleil et couchant, entre rayon et étoile, entre palmier et arc-en-ciel. Deux de ces signes ont été fabriqués : Vesper, qui est installé dans le hall d’entrée, et les appliques lumineuses extérieures installées de part et d’autre de l’entrée. Un de ces signes, entre palmier et soleil, est devenu l’image graphique de l’hôtel.
Quels sont les enjeux de mise en lumière dans un tel programme ?
La conception de la lumière artificielle se caractérise au travers d’un ensemble de paramètres qui, conjugués, agissent sur la perception des espaces éclairés. La température de couleur, la maîtrise de l’éblouissement, le niveau d’éclairement, la capacité à restituer les couleurs, la modularité en fonction de l’heure, le dessin et l’aspect narratif des formes sont autant de paramètres à considérer qui permettront de générer des ambiances adéquates. La gestion de la lumière depuis le matin jusqu’à la fin de la nuit représente un enjeu déterminant dans le cadre d’un hôtel avec ses différentes typologies d’espaces, d’usages et de temporalités. Un hôtel est constitué de circulations, d’un hall, de bars et de restaurants mais aussi d’espaces dédiés au travail comme le club et les salles de séminaire. Chacun de ces espaces appelle un éclairage spécifique et évolutif. L’adaptation des niveaux d’éclairement, voire des extinctions, est nécessaire et possible grâce à des scènes programmées.
Quelle stratégie d’éclairage a été adoptée pour mettre en valeur l’architecture singulière de l’hôtel ?
L’architecture de Vertime se caractérise par un dessin rigoureux des espaces, des matières peu nombreuses, récurrentes et radicales, par une certaine austérité décalée, que nous avons tenté de suivre. Notre projet d’éclairage s’inscrit dans cette ligne de conduite, il est presque toujours mesuré mais dévie parfois, comme au travers du dispositif Vesper. Nous avons beaucoup insisté sur la nécessité de gradation de la totalité des points lumineux des parties communes de l’hôtel, soit des 18 typologies de l’extérieur et des 35 de l’intérieur. Les niveaux d’éclairement des divers espaces sont déterminés en fonction de l’heure et de la météo. Certains espaces ne sont volontairement pas éclairés durant la journée : c’est le cas du bar au rezde- chaussée. Dans la mesure du possible, nous avons souhaité intégrer l’éclairage dans des interstices, des creux et des feuillures. Dans l’impossibilité d’être cachés, ils sont visibles et assument leurs formes techniques. Par la lumière, nous avons souhaité souligner et accentuer la visibilité de certains éléments de l’architecture, telle la marquise qui court sur la totalité de la périphérie du bâtiment.
Pouvez-vous nous parler plus en détails de l’installation emblématique qu’est Vesper ?
Vesper signifie « nuit » ou « soirée » en latin. Le mot désigne par ailleurs Hespéros, l’étoile du soir, visible dès le crépuscule. Le Vesper est aussi un cocktail créé par Ian Fleming. Notre Vesper est un dispositif lumineux dynamique, un grand réflecteur en suspension dans le hall, une forme simple, toujours changeante. C’est un miroir de grande taille, à la spécularité particulière et partielle. Il joue entre réflexion et absorption. De jour, il réfléchit le réel ; de nuit, il diffuse des images de fiction, la mer, le ciel, des lueurs colorées, des éclats de lumière… Ce dispositif circulaire, d’un diamètre de 1,70 mètre, en aluminium massif, s’active automatiquement tous les jours à 17 heures, se transforme sous l’action de séquences vidéo plus ou moins abstraites et s’éteint tous les soirs à 2 heures du matin. Vesper a été fabriqué par l’atelier Métalobil, imprimé par Boscher Signalétique, poli par Trac Atlantique et équipé par Multiscénic.